Retour du populisme, retour de l’inflation…

Malgré la tournure plus modérée que prévu des résultats du premier tour des élections françaises, le facteur politique reste plus que jamais au cœur des préoccupations des investisseurs. L’arrivée au pouvoir de « leaders populistes », Donald Trump en tête, créée beaucoup d’incertitudes sur les marchés, qui interprètent ce nouveau paradigme comme étant de nature déflationniste. Reléguant ainsi au second plan l’amélioration visible des fondamentaux économiques, qui se traduit par des taux de croissance nominale supérieurs à 4% aux États-Unis et à 3% en Europe.

Or, l’histoire a bien montré que l’école du populisme était, au contraire, connue pour son caractère reflationniste. Inspiré par des dirigeants d’Amérique Latine comme Peron, Vargas, Allende, ou Chavez, ce modèle protectionniste se traduit généralement par un accroissement du déficit budgétaire, une économie domestique en surchauffe, mais aussi… par une augmentation marquée de l’inflation et des taux d’intérêts. Comment dès lors expliquer que les anticipations d’inflation soient toujours aussi basses ? La composante monétaire est pour beaucoup dans cette dissymétrie existant entre constatations fondamentales et incertitudes politiques.

Même si elles adoptent des attitudes de moins en moins accommodantes dans leurs discours, les grandes banques centrales de la planète (Fed, BCE, BoJ) continuent de générer d’abondantes liquidités excédentaires, avec la création de 13.000 milliards de dollars en moins de 10 ans. Outre-Atlantique, cette création monétaire, qui s’est matérialisée par une croissance d’environ 800 milliards de dollars de la masse M2 (pièces, billets, comptes courants, dépôts à termes inférieurs à deux ans, dépôts remboursables) aux Etats-Unis sur un an glissant, n’a pas provoqué de hausse des prix à la consommation. Notamment parce que ces mêmes liquidités ont davantage été injectées dans le compartiment des actions américaines. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis 2009, le montant de la capitalisation boursière des groupes cotés à Wall Street est passé de 60 à 130% du PIB.

In fine, il convient de se montrer particulièrement vigilant sur l’illusion d’un taux d’inflation qui demeurerait durablement stable. Certains signent d’ailleurs ne trompent pas : le NAIRU, qui correspond au taux de chômage en-deçà duquel les salaires s’accélèrent, oscille entre 4,7% et 5% alors que le taux de chômage réel atteint seulement 4,5% aux États-Unis. Si l’on rajoute à cela un soupçon de théorie financière, qui voudrait qu’un taux d’intérêt à 10 ans doit s’aligner sur la croissance nominale du pays concerné, la Fed semble disposer d’une certaine marge de manœuvre pour durcir sa politique monétaire. Et c’est bien là que le bât blesse. Car si la Réserve Fédérale Américaine décidait de se montrer plus agressive, le choc sur les marchés de taux de devises et d’actions pourrait s’avérer brutal. Cette zone d’ombre nous incite à la plus grande prudence sur les marchés obligataires et nous amène à réduire notre exposition aux taux fixes et aux dettes privées tout en privilégiant les obligations à taux variable.

 

Laurent Boudoin
Achevé de rédiger le 26 avril 2017